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23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 04:27

Un poème de Marc Fontana

(figurant dans son recueil « Traversée du parc Ritan », éditions au Pont 9, 2018)

                                                                                 

                                           « Ils dorment »                                                                              

Ils dorment, voyez comme ils dorment, abandonnés, livrés au sommeil, voyez comme ils peuvent dormir n’importe où, n’importe quand, dans l’oubli de soi et des autres, pressés de se couler dans une contrée d’aventure, d’y mêler le monde connu et le monde inconnu, de se disjoindre et de se rejoindre, de perdre connaissance

 

Voyez comme ils s’installent, allongés, recroquevillés, accroupis, bras ballants, jambes écartées, rejetées, bouches ouvertes, dehors, sur un banc, un trottoir, la tête posée sur une bouteille en plastique, un sac, un linge, un bras, appuyée sur un guidon de vélo, regardez-les, couchés dans une carriole, parmi des légumes et des fruits

 

Affalés dans un fauteuil, au fond d’un magasin ou assis sur des marches, la tête dans les genoux ou posée sur un comptoir, le visage au creux des bras croisés, planté dans deux poings juchés l’un sur l’autre, ils dorment à la bibliothèque, écrasant livres et cahiers, ils dorment au restaurant, le désordre de la table écarté du coude, ils dorment, voyez comment

 

A l’instant vous les avez entendus, vus passer, mais ils sont maintenant plongés dans le plus profond sommeil, déjà si loin dans le sommeil, si prompts ils s’y sont immergés et le courant les emporte, non vous ne le voyez pas, c’est une perte, un chavirement

 

rien ne les distrait du bienfait du sommeil, ni les rires des filles qui trépignent de leurs talons hauts ni les voix qui hurlent dans les téléphones portables ni la chanson que la télé diffuse et qu’on chantonne à leurs oreilles, ni les odeurs qui s’échappent de toutes les cuisines, ni les cris des enfants dans la cour de l’école ni ceux des hommes qui guident les voitures sur le parking ni la rengaine plaintive de vendeuses qui hèlent les clients

 

Ils dorment, il faut l’écrire car bientôt on s’habituera, on ne le verra plus, ou bien seulement

Sans surprise

Ils dorment, ils dévident leur cocon, ils délivrent leur image pour, sans elle, émerger du rêve.

 

Dans les ruelles isolées

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

Les "mantous 馒头" (petits pains cuits à la vapeur) peuvent attendre 

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

En pleine circulation, le confort du "banche 班车" (vélo à plateforme) 

ou du chariot "tuiche - 推车"

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

Entre deux chargements

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

Il attend son appel !

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

A l'abri de leur véhicule

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

Sur les chantiers 

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

On respecte celui qui dort !

Dans les magasins

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

13h, chez Ikéa, rayon canapés

Dans les bibliothèques 

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

Bercé (ou barbé ?) par les pensées de Mao 

Dans les gares 

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人

Les attentes entre deux trains peuvent être longues 

Et dans les parcs

Les chinois à l'heure de la sieste - 午睡时间的中国人
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