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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 04:51
798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览

Après des années de tension avec le gouvernement chinois, pour contestations politiques et sociales qui lui ont valu 80 jours de prison et la suppression de son passeport (il lui est toujours interdit de sortir de Chine), l'artiste chinois dissident Ai Weiwei - 艾未未 a été, pour la première fois, autorisé à monter une exposition sur le territoire chinois, au centre d'art de 798 à Beijing - 798 艺术区. Inauguréee le 6 juin elle durera jusqu'au 6 septembre 2015.

Lui, qui depuis des années expose son art à travers le monde et dans les musées les plus prestigieux du globe, peut enfin exposer dans son propre pays.

Il faut dire que son exposition, intitulée "Ai Weiwei - 艾未未", ne comporte rien qui puisse provoquer le pouvoir.

 

Les heurs et malheurs d'un temple ancestral chinois

Ai Weiwei a racheté, pour le sauver d'une lente disparition dans l'oubli, le temple ancestral de la famille Wang - 王家祠 Wang Jiaci, construit à l'origine dans le village de Xiaoqi, province du Jiangxi, par une grande famille productrice de thé depuis des générations.

Le temple date de la dynastie Ming (1368-1644) et était dédié au culte de Wang Hua, prince de Yue, un éminent personnage au 6e siècle. Au cours des siècles, il fut souvent cité par les empereurs des dynasties successives comme un modèle de loyauté, de patriotisme et de diligence. Pour lui rendre hommage, ses descendants bâtirent un temple qui devint également pour la famille le symbole de l'amélioration de soi. La famille produisit quatre générations d'officiels de haut niveau. Chaque génération avait pour devoir d'entretenir et préserver le temple, symbole du clan.

Le temple resta actif jusqu'en 1949. En plus des cérémonies religieuses, les mariages, les naissances y étaient célébrés et toutes les réunions familiales importantes s'y tenaient, tous chaque fois accompagnés de sacrifices dispendieux.

Les campagnes contre les propriétaires terriens menées après 1949 par le gouvernement maoïste sonnèrent le glas de la famille Wang.

Au cours de la campagne contre les "quatre vieilleries - 四旧- si jiu", pendant la Révolution Culturelle, dans les années 1960, le temple fut amputé de trois bâtiments auxiliaires ne restant que le temple central qui tomba à l'abandon.

Après 1976, à la fin de la Révolution Culturelle, ce qui restait du temple servit aux villageois pour stocker le grain ou traiter le thé. La famille Wang, rendue au rang de famille de villageois ordinaires, ne se sentit aucune obligation ni responsabilité d'entretenir le temple qui, petit à petit, devint une ruine.

En 2001, les choses changèrent pour le village de Xiaoqi qui s'ouvrit peu à peu au tourisme, attirant des visiteurs intéressés par la région, améliorant au passage les conditions de vie de la famille Wang. Le sort du temple cependant n'en fut pas changé. Il se trouva entouré d'hôtels et, n'étant pas considéré par le gouvernement comme une relique culturelle méritant d'être réhabilitée, il resta en ruines. N'appartenant plus à la famille Wang, celle-ci ne chercha pas à le restaurer.

Au cours des années qui suivirent, l'architecture traditionnelle et ses éléments devinrent à la mode et commencèrent à se commercialiser comme de vulgaires articles de luxe, perdant au passage leurs connotations historique, symbolique et religieuse. Un certain Zhu Caichang, du village de Dongyang dans la province du Zhejiang, et d'une famille d'anciens menuisiers et ébénistes, s'étant lancé dans le "business" de rachat et revente de bâtiments anciens se rendit en 2010 à Xiaoqi, estima intéressante la valeur commerciale du temple ancestral et proposa de l'acheter.

Après plusieurs années d'intenses négociations avec le comité du village, Zhu Caifang put acheter le temple pour 450 000 Yuans (environ 65 000 Euros) contre la promesse de construire un nouveau temple à la place. Le vieux temple, et ses plus de 400 années d'existence à Xiaoqi, fut transporté à Dongyang en trois jours, pour être revendu dans le commerce, peut-être par morceaux, comme n'importe quel article culturel, dépouillé non seulement de tout passé historique et clanique mais aussi du symbole qu'il représentait autrefois.

 

Et Ai Weiwei dans tout ça ?

La demeure ancestrale de Ai Weiwei se trouve également dans le Zhejiang non loin de Dongyang. Il a lui-même grandi dans une maison traditionnelle à Beijing et s'intéresse à l'architecture ancienne. D'après lui, le système éthique inhérent à un temple ancestral donne aux familles une dimension, une forme et une identité que l'on retrouve dans tout objet. Le temple ancestral a un rapport direct avec le comportement de ses propriétaires, tout en ayant sa propre charge psychologique et émotionnelle.

Quand Ai Weiwei vit, dans l'atelier de Zhu Cuifang, la ruine qu'était devenue le temple de Wang Jiaci, il décida de le racheter et de le remonter dans deux galeries du centre d'art 798 qui, en 2014, lui avaient proposé de monter une exposition. La structure a été démontée à nouveau en 1500 pièces et réassemblées, avec l'aide de Zhu Cuifang, pour moitié à la Galleria Continua et pour moitié dans une galerie contigüe, la Tang Contemporary Art Center. L'ensemble peut être ainsi vu, des deux côtés, dans son intégralité. Certaines parties sont peintes à l'acrylique de couleurs vives et des éléments contemporains - chaussures, lustres, verre - sont intégrés à l'ensemble. On y retrouve aussi les thèmes favoris de Ai Weiwei comme les céramiques brisées et des symboles traditionnels chinois - dragon et lanterne - détournés à la sauce contemporaine.

En achetant ce temple ancestral, voué à devenir objet commercial, Ai Weiwei, artiste, le relève au statut d'oeuvre d'art. En l'exposant au public, il lui donne une nouvelle existence ainsi qu'une nouvelle identité. L'identité que nous, spectateurs, lui donnons, à travers ce que nous savons ou pas de sa longue histoire. Tout ce que nous avons sous les yeux ne sont que des fragments de son histoire et de l'histoire du clan à qui il appartenait, que nous chercherons ou pas à reconstituer. Une autre identité qui lui est donnée est celle d'Ai Weiwei lui-même que, au fil de la visite, nous cherchons à découvrir et à comprendre. Pourquoi cette exposition, si différente de toutes ses précédentes ? Quel rapport y-a-t-il entre Ai Weiwei et le temple ? Pourquoi a-t-il ajouté tel ou tel élément à la structure ? Pourquoi tel ou tel choix ? Pourquoi l'exposition s'appelle-t-elle "Ai Weiwei - 艾未未" ?

 

 

 

 

 

 

 

798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
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798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
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Un pied de pilier en verre

Un pied de pilier en verre

Des becs de théières en céramique

Des becs de théières en céramique

798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览
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Lanternes

Lanternes

798 Art district : exposition de Ai Weiwei - 798 艺术区:艾未未展览

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